Éducation au Vietnam : entre héritage culturel et compétences de demain
Dans un pays en pleine transformation économique, l’éducation est devenue un enjeu stratégique. Mais au-delà des résultats scolaires et du développement des universités internationales, une question se pose : comment préparer les étudiants vietnamiens aux métiers de demain ? Nathalie, enseignante française installée au Vietnam depuis 2013, partage son expérience au sein de plusieurs universités vietnamiennes et internationales. Son parcours éclaire les particularités du système éducatif, les défis de l’enseignement supérieur et les réalités auxquelles les familles expatriées doivent se préparer.
Une culture de l’apprentissage profondément ancrée
Au Vietnam, l’éducation occupe une place centrale dans les perspectives d’avenir des familles. Le savoir, la réussite académique et le respect des enseignants sont fortement valorisés. Cette culture se retrouve dans l’investissement des étudiants et dans la rigueur qu’ils accordent à leurs études.
Les données internationales témoignent de cette dynamique. Selon l’OCDE, lors de l’évaluation PISA 2022, 72 % des élèves vietnamiens de 15 ans atteignaient au moins le niveau 2 en mathématiques, contre 69 % en moyenne dans les pays de l’OCDE. Le Vietnam se distingue également par des écarts de performance liés à l’origine sociale inférieurs à la moyenne de l’OCDE, même si des inégalités persistent.

Pour Nathalie, qui a commencé à enseigner au Vietnam en 2013 après une formation en stylisme-modélisme et un master en production, cette implication des étudiants constitue l’une des particularités marquantes de son expérience. Elle a d’abord travaillé à Ho Chi Minh-Ville dans un établissement lié à Hoa Sen University, où elle assurait notamment la coordination pédagogique entre un programme français et sa mise en œuvre locale.
Elle souligne le sérieux des étudiants vietnamiens et leur volonté d’apprendre. Mais cette motivation s’exprime parfois différemment de ce qu’un enseignant formé en Europe pourrait attendre.
Enseigner au Vietnam : comprendre les codes culturels
L’une des principales adaptations pour un enseignant étranger concerne la relation entre le professeur et ses étudiants.
L’héritage confucéen, qui accorde une place importante au savoir et à l’autorité de l’enseignant, contribue à façonner certaines pratiques pédagogiques. Dans les classes où Nathalie a enseigné, la transmission des connaissances était souvent plus verticale que dans les établissements français où elle a travaillé.
Elle explique que poser une question peut être perçu comme une remise en question de la légitimité du professeur, plutôt que comme une simple demande de clarification.
Pour un enseignant habitué aux débats spontanés, cette différence peut rendre les échanges en classe plus difficiles à susciter. Le silence ne traduit pas nécessairement un manque d’intérêt ou de compréhension. Il peut aussi refléter le respect accordé à l’enseignant et la prudence des étudiants face à la prise de parole.
Nathalie a progressivement trouvé des méthodes pour encourager la participation, notamment en organisant le travail en petits groupes. Ce cadre facilite les échanges, permet aux étudiants de prendre confiance et crée davantage d'occasions de confronter leurs idées.
Son expérience rappelle une leçon importante pour les professionnels internationaux : enseigner dans un autre pays implique aussi d’adapter sa pédagogie à la culture locale. L’objectif n’est pas d’opposer deux modèles éducatifs, mais de comprendre leurs codes pour favoriser l’apprentissage.
Des universités aux approches très différentes
Parler de l’enseignement supérieur vietnamien comme d’un système uniforme serait réducteur. Les établissements se distinguent par leurs programmes, leurs langues d’enseignement, leurs partenariats internationaux et leur conception de la relation entre étudiants et enseignants.
Le parcours de Nathalie en témoigne. Après une première expérience à Hoa Sen University, elle a rejoint RMIT Vietnam, où elle a enseigné des matières liées au management et au marketing de la mode. Elle y a également suivi un Graduate Certificate in Tertiary Learning and Teaching, avant d’entamer un doctorat en leadership éducatif.

Elle observe des différences sensibles entre les établissements, notamment dans la place accordée à l’autonomie des étudiants, à leur participation et à leur accompagnement. Dans certains environnements, l’accent est davantage mis sur l’expérience étudiante et les services proposés ; dans d’autres, la relation pédagogique conserve une place plus centrale.
Le parcours universitaire lui-même peut également varier. Dans certains établissements qu’elle a connus, une première année commune permet aux étudiants de consolider leurs bases avant d’entrer dans leur spécialité. Les exigences linguistiques et les conditions d’admission diffèrent également selon les programmes.
Cette diversité constitue un atout pour les étudiants, qui peuvent choisir un cursus davantage adapté à leurs objectifs. Elle rend toutefois la comparaison entre universités essentielle, notamment pour les familles qui envisagent de financer des études supérieures au Vietnam.
L’anglais, un passeport pour la mobilité internationale
À mesure que le Vietnam renforce ses liens économiques avec le reste du monde, la maîtrise de l’anglais devient un enjeu majeur pour les étudiants.
Les cursus anglophones, les diplômes associés à des universités étrangères et les échanges internationaux offrent des possibilités supplémentaires pour poursuivre des études ou construire une carrière à l’étranger. Pour les entreprises implantées au Vietnam, ces parcours contribuent également à former des profils capables d’évoluer dans des équipes internationales.
Nathalie a constaté des différences de niveau d’anglais entre les établissements et les promotions qu’elle a accompagnés. Lorsque les étudiants maîtrisent suffisamment la langue, les échanges deviennent plus fluides et les discussions peuvent aller plus loin dans l’analyse des sujets abordés.
L’accès à ces formations reste néanmoins variable. Les programmes internationaux et anglophones peuvent représenter un investissement financier important, tandis que les parcours et les ressources disponibles diffèrent selon les établissements et les régions.
Selon l’UNESCO, le taux brut de scolarisation dans l’enseignement supérieur vietnamien atteignait 37,59 % en 2024. Cet indicateur, qui rapporte les effectifs inscrits à la population en âge de suivre ces études, montre que l’accès à l’université reste un enjeu important dans un pays dont les besoins en compétences évoluent rapidement.
Écoles internationales : un critère important pour les familles expatriées
Pour les familles qui envisagent une installation au Vietnam, l’éducation ne se limite pas à la question des universités. Le choix de l’école est souvent l’une des décisions les plus structurantes d’une relocation.
Selon des données d’ISC Research rapportées par la chaîne publique vietnamienne VTV en mai 2026, le Vietnam compte plus de 120 écoles internationales, de la maternelle au lycée, principalement concentrées à Ho Chi Minh-Ville et à Hanoï.
Les familles peuvent ainsi choisir entre différents programmes nationaux et internationaux, selon leur projet de mobilité, la langue d’enseignement souhaitée et les perspectives de poursuite d’études de leurs enfants.
Cette diversité ne signifie pas que toutes les options sont équivalentes. Les programmes suivis, les frais de scolarité, les conditions d’admission et les places disponibles varient d’un établissement à l’autre. Le choix doit donc être anticipé, particulièrement lorsque la mobilité concerne plusieurs enfants ou intervient en cours d’année scolaire.
Pour les entreprises qui recrutent des cadres internationaux, cette offre éducative constitue un facteur concret d’attractivité. La possibilité de trouver un établissement adapté aux besoins de leurs enfants peut peser dans la décision d’accepter une expatriation et dans la réussite de l’installation familiale.
Former les étudiants aux métiers qui n’existent pas encore
Le principal défi de l’éducation vietnamienne se situe peut-être désormais dans sa capacité à accompagner la transformation de l’économie.
Le Vietnam connaît un développement économique et social rapide, porté notamment par une population encore jeune. En 2026, environ 36,4 % des Vietnamiens ont moins de 25 ans. L’âge médian de la population vietnamienne est d’environ 34 ans, contre 40,6 ans en Chine, 49 ans au Japon et 44,9 ans dans l’Union européenne. Cette dynamique démographique représente un atout majeur pour le pays, qui doit accompagner sa croissance en formant les nouvelles générations aux compétences nécessaires à l’économie de demain.
Cette jeunesse représente un potentiel considérable pour le développement du pays, mais aussi un défi éducatif majeur : il faut parvenir à former des générations nombreuses, en veillant à ce que l’accès à une éducation de qualité ne dépende pas uniquement du lieu de résidence ou des moyens financiers des familles. L’enjeu ne consiste donc pas seulement à former les futurs professionnels les plus qualifiés, mais à donner au plus grand nombre les bases nécessaires pour participer à l’économie de demain.
Le pays se développe rapidement dans les technologies, les services internationaux et les activités à plus forte valeur ajoutée. Les compétences recherchées évoluent donc elles aussi. Au-delà des connaissances académiques, les employeurs ont besoin de collaborateurs capables de communiquer, de travailler en équipe, de résoudre des problèmes et de s’adapter à de nouveaux environnements.
Pour Nathalie, la question est particulièrement importante face aux progrès de l’intelligence artificielle et à la robotisation. Les enseignants doivent eux-mêmes continuer à se former pour préparer les étudiants à des métiers dont les contours évolueront au cours des prochaines années.
Il ne s’agit pas d’abandonner les fondamentaux, mais de les compléter par des compétences transférables : pensée critique, autonomie, créativité et capacité à apprendre tout au long de sa carrière.
Dans certains établissements où elle a travaillé, Nathalie a notamment pu réaliser des initiatives visant à développer des compétences pratiques, comme la communication professionnelle, la rédaction d’e-mails ou la gestion des délais. Ces apprentissages peuvent paraître simples, mais ils contribuent à préparer les étudiants aux attentes du monde du travail international.
La progression vers davantage d’interactions en classe, de travail collaboratif et de mises en situation professionnelles représente ainsi un enjeu important pour rapprocher formation et emploi.
Une expérience qui dépasse la salle de classe
Après plus de dix ans au Vietnam, Nathalie retient aussi l’environnement dans lequel elle exerce son métier. Elle apprécie le dynamisme de Ho Chi Minh-Ville, les possibilités de développement professionnel et la capacité des étudiants à progresser avec un accompagnement régulier.
Son parcours illustre également une réalité de l’expatriation professionnelle : la réussite ne dépend pas uniquement des compétences techniques. Comprendre les habitudes de travail, construire des relations de confiance et accepter de revoir ses méthodes sont tout aussi essentiels.
Pour les entreprises, les familles et les professionnels qui envisagent de s’installer au Vietnam, l’éducation constitue donc bien davantage qu’un service à sélectionner. Elle permet de comprendre les aspirations de la jeunesse, les transformations de la société et les compétences qui soutiendront le développement économique du pays.
Le Vietnam dispose d’une forte culture de l’apprentissage et d’une jeunesse désireuse de progresser. Le défi des prochaines années sera de transformer cette énergie en compétences toujours plus diversifiées, internationales et adaptées aux métiers de demain. Pour les familles comme pour les entreprises, suivre l’évolution du système éducatif permet ainsi de mieux comprendre le pays dans lequel elles choisissent de construire leur avenir.



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